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Actualité28 juillet 2026

Interview : que doivent faire nos responsables politiques face aux canicules, inondations et incendies ?

L’été qui se déroule sous nos yeux n’a rien de la belle saison tant attendue. Fin juin, la vague de chaleur qui s’est abattue sur la Belgique a entrainé plus de 2 000 décès supplémentaires. Actuellement, les forêts s’enflamment à travers l’Europe, évacuant 360 000 personnes et réduisant en fumée des dizaines de milliers d’hectares. Dans le même temps, plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest sont confrontés à des moussons et à des inondations dévastatrices qui bouleversent la vie de milliers de personnes et détruisent des infrastructures essentielles dans toute la région. 

Le 15 juillet dernier, la Belgique commémorait les 5 ans des inondations meurtrières qui ont touché le pays, faisant au moins 41 morts. Cinq ans plus tard, une certitude se dégage : de telles catastrophes vont se multiplier si nos responsables politiques continuent de nier l’urgence climatique. À l’occasion de cette commémoration, Oxfam a recueilli les témoignages de plusieurs personnes en leur demandant : que devrait faire notre gouvernement pour nous protéger face à la crise climatique ? 

Maria Alonso, qui a vécu les inondations à Verviers en 2021  

"Je suis ce qu’on appelle une « sinistrée », même si je n’aime pas ce mot. J’ai été touchée par les inondations à Verviers, une ville où six personnes ont perdu la vie. Mais au-delà de ces morts, il y a toutes les autres victimes, celles qui sont toujours en vie. Pour beaucoup d’entre elles, cinq ans plus tard, c’est encore le lendemain de la catastrophe. Certaines n’ont toujours pas retrouvé un logement fixe, ce qui les rend encore plus vulnérables face aux canicules et aux futures inondations."

Ce qu’il faut, c’est investir dans la défense... des personnes. Celles qui ont été touchées dans la vallée de la Vesdre par les inondations, ou celles qui sont touchées par la canicule.

Maria Alonso, qui a vécu les inondations à Verviers en 2021     

"Lorsque les responsables politiques affirment qu’ils n’auraient pas pu prévoir ce qui s’est passé il y a cinq ans, je veux bien leur accorder le bénéfice du doute. Mais en 2026, ce doute n’est plus permis. Aujourd’hui, tout le monde sait. Les risques sont connus, les avertissements sont là et les conséquences de l’inaction sont documentées. Ne pas agir, ne pas protéger la population, est désormais un choix politique. Notre sécurité, celle des personnes qui vivent encore dans la précarité comme celle de celles qui ont pu reconstruire leur vie, dépend directement des décisions prises aujourd’hui. Si rien n’est fait, la prochaine inondation ne fera pas 41 victimes. Elle en fera bien davantage. 

Actuellement, on entend que le gouvernement veut absolument remilitariser la Belgique, racheter des armes pour une hypothétique guerre... Seulement la guerre on l’a eue chez nous. Ce qu’il faudrait, c’est investir dans la défense mais la défense des personnes. Celles qui ont été touchées dans la vallée de la Vesdre par les inondations, ou celles qui sont touchées par la canicule. Le gouvernement doit investir dans la protection civile. Puisque nos responsables veulent absolument nous défendre, qu’on sache qui on défend exactement. Est-ce qu’on veut défendre des intérêts supérieurs ou les habitants ?”   

Alixe Anciaux, chargée de campagne chez Oxfam Belgique

Tout d’abord, le gouvernement doit nous écouter. Nous avons été des milliers à descendre dans la rue ces dernières années pour réclamer davantage d’action climatique. Pourtant, nous n’avons jamais eu le sentiment d’être entendu·es.

Alixe Anciaux, chargée de campagne chez Oxfam Belgique 

"Tout d’abord, le gouvernement doit nous écouter. Nous avons été des milliers à descendre dans la rue ces dernières années pour réclamer davantage d’action climatique. Pourtant, nous n’avons jamais eu le sentiment d’être entendu·es, surtout lorsque l’on voit les décisions qui ont suivi. Le gouvernement doit se connecter aux réalités vécues par les personnes les plus touchées par le dérèglement climatique. Quand on rencontre des organisations et personnes à travers le monde, on réalise que nous ne sommes pas du tout égaux face aux conséquences de la crise climatique. C’est une crise mondiale marquée par de profondes inégalités. Une coopération internationale ambitieuse est indispensable afin de protéger les personnes les plus touchées."

CHRISTINE MAHY, secrétaire générale du réseau wallon de lutte contre la pauvreté 

Ce sont les mêmes personnes affaiblies par les restrictions dans la politique du logement, de l’éducation ou de l’emploi qui mourront encore davantage de la canicule ou d’une inondation.

Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté 

"Nos gouvernants ont l’obligation d’agir. C’est impératif, à la fois pour la vie des gens et pour la démocratie. Ils en ont les moyens financiers s’ils le veulent, c’est une question de choix, d’aller chercher l’argent là où il est. Ils doivent agir parce que c’est leur responsabilité de protéger la population. Ça fait longtemps que les acteurs climatiques et sociaux s’allient pour dire d’arrêter de saccager les droits de tout le monde." 

"Fallait-il la crise du covid, fallait-il les inondations, faut-il la canicule à présent pour réaliser que la crise climatique et ses conséquences sont des crises sociales ? Ce sont les mêmes personnes affaiblies par les restrictions dans la politique du logement, de l’éducation ou de l’emploi qui mourront encore davantage de la canicule ou d’une inondation. Si on continue à prendre des mesures qui accablent des personnes et les excluent de leurs droits, on les rend vulnérables à la crise climatique, on en fait des victimes potentielles, qu’elles soient décédées ou dont la vie sera rendue impossible."

Jean-Luc Crucke, ministre de la Mobilité, du Climat et de la Transition environnementale de Belgique 

Si je n’avais qu’une seule idée à avancer, ça serait que les différents niveaux de pouvoir collaborent mieux.

Jean-Luc Crucke, ministre de la Mobilité, du Climat et de la Transition environnementale de Belgique

"Si je n’avais qu’une seule idée à avancer, ça serait que les différents niveaux de pouvoir collaborent mieux. Chacun a ses compétences et je ne pense pas qu’on ait le temps de revoir l’institution ni de faire une réforme de l’État. Chaque niveau de pouvoir devrait reconnaître l’expertise des autres. Quand on se met autour de la table, on a plus de chance de trouver la solution que seul dans son coin. 

Nous ne pouvons pas baisser les bras, nous ne pouvons pas nous décourager. Ce qui a été fait par le passé ne suffit pas car il a manqué de la collaboration, de l’organisation. Même s’il y a entre nous des différences, nos points communs doivent être plus forts." 

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