Réaction d’Oxfam à la réunion des ministres européens des Affaires étrangères : « Combien de preuves l’UE lui faut elle encore ? »
Aujourd’hui, les ministres européens des Affaires étrangères ont discuté de la situation, notamment au Liban et dans le territoire palestinien occupé. Parmi les points abordés figuraient la possible suspension de l’Accord d’association UE–Israël, ainsi que d’autres mesures.
En réaction, Agnès Bertrand Sanz, Responsable Humanitaire Moyen-Orient chez Oxfam Belgique, a déclaré :
« Lorsque ces discussions ont lieu encore et encore sans déboucher sur la moindre action concrète, elles n’ont absolument aucune utilité. Nous avons déjà vu ce scénario : les ministres parlent, repoussent les décisions et rejouent la même mise en scène. Pendant ce temps, Israël continue de tuer, de blesser et de chasser les populations de leurs terres.
Ce qui est nécessaire aujourd’hui, et ce qui l’est depuis longtemps, c’est la suspension de l’Accord d’association entre l’Union européenne et Israël.
Une révision de la clause relative aux droits humains peut apparaître comme un pas en avant sur le papier. Mais dans la pratique, elle pose une question simple : combien de preuves l’Union européenne lui faut‑elle encore ? La réalité est visible chaque jour dans les journaux et sur nos réseaux sociaux. Si cela ne suffit pas pour agir, alors cette clause n’est qu’un élément décoratif, rien de plus.
Depuis la dernière révision, nous avons été témoins du mépris flagrant d’Israël pour le droit de la guerre et le droit international humanitaire : les bombardements d’hôpitaux et d’écoles, le génocide en cours à Gaza, l’accélération du nettoyage ethnique en Cisjordanie, ainsi que l’instauration d’une peine de mort discriminatoire visant les Palestiniens et les Palestiniennes.
Les cessez-le-feu à Gaza et au Liban n’existent que sur le papier. Au Liban, Israël a tué des milliers de personnes et contraint plus d’un million de personnes à fuir. Une pause de dix jours, durant laquelle les attaques israéliennes ne se sont pas arrêtées, ne permettra pas aux populations de reconstruire leurs maisons ni leurs vies.
Les preuves ne manquent absolument pas. Ce qui manque, c’est la volonté politique et la pression nécessaire pour briser l’impasse actuelle au sein de l’UE, alimentée par une poignée d’États membres. Cet après‑midi, le ministre belge des Affaires étrangères, M. Prévot, a annoncé, après la Slovénie, l’Espagne et l’Irlande, que la Belgique introduirait à son tour une demande de suspension de l’Accord d’association entre l’Union européenne et Israël. Il s’agit désormais du quatrième État membre à le faire.
Si l’UE n’est pas capable d’agir en tant que bloc, alors les gouvernements nationaux doivent examiner toutes les options possibles pour suspendre leur coopération avec Israël. Ne pas agir revient à être complice. »
Note à l’attention des rédactions
- Plus de 60 organisations, dont Oxfam, ont récemment appelé à la suspension de l’Accord d’association UE‑Israël.
- En septembre, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a proposé un ensemble de mesures, dont la suspension du volet commercial de l’Accord d’association UE‑Israël. L’UE affirme que ces mesures sont toujours à l’ordre du jour.
- L’Union européenne est le premier partenaire commercial d’Israël.
- L’article 2 de l’Accord d’association UE‑Israël stipule :
« Les relations entre les parties, ainsi que toutes les dispositions de l’accord lui‑même, sont fondées sur le respect des droits humains et des principes démocratiques, qui guident leur politique intérieure et internationale et constituent un élément essentiel du présent accord. »
Les violations documentées du droit international humanitaire et des droits humains par Israël, en particulier à Gaza et en Cisjordanie, constituent une violation manifeste de l’article 2.
- Le 9 avril, le Parlement israélien a approuvé la création de 34 nouvelles colonies en Cisjordanie, en dépit de leur illégalité au regard du droit international et de leur lien direct avec l’accaparement de terres et le déplacement forcé de communautés palestiniennes.
- Plus de 750 personnes ont été tuées à Gaza depuis le soi‑disant « cessez-le-feu », sans aucune conséquence. Depuis octobre 2023, Israël a tué plus de 72 000 Palestiniennes et Palestiniens à Gaza et plus de 1 000 en Cisjordanie, y compris à Jérusalem‑Est.
- Depuis le 2 mars, Israël a lancé une offensive de grande ampleur au Liban, faisant plus de 2 000 morts et plus de 6 000 blessé/es. 20 % de la population a été déplacée de force. Des ponts, des infrastructures médicales, des habitations et des réseaux d’eau ont été partiellement ou totalement détruits. Des villages entiers ont été rasés, tandis que des humanitaires étaient ciblés. La trêve de dix jours entamée le 17 avril aura peu d’impact pour les personnes blessées, déplacées de force et ayant vécu sous la menace permanente de drones et de bombardements israéliens. Israël continue d’occuper des parties du sud du Liban.
- La quasi‑totalité de l’aide humanitaire internationale à destination de Gaza fournie par des ONG professionnelles est bloquée depuis plus d’un an. Un seul point de passage est actuellement ouvert, de manière très limitée, et le gouvernement israélien tente de retirer définitivement l’enregistrement de dizaines d’organisations humanitaires.
- Israël cherche à interdire l’action d’organisations humanitaires à Gaza, dont Oxfam, parce qu’elles refusent de transmettre des données personnelles sensibles à une partie au conflit, une exigence contraire aux principes humanitaires, au devoir de diligence et aux obligations en matière de protection des données, dans un contexte où plus de 500 humanitaires ont été tués depuis le 7 octobre 2023.
- Agnès Bertrand‑Sanz, Responsable Humanitaire Moyen‑Orient chez Oxfam Belgique, est disponible pour toute demande d’interview ou de complément d’information.
Crise humanitaire à Gaza
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