Quels supermarchés belges respectent le plus les droits humains ?
Lorsqu’on fait nos courses dans un supermarché, on ne réalise pas toujours que derrière nos tablettes de chocolat, notre café ou nos bananes, se trouvent des personnes. Les travailleurs et travailleuses qui produisent notre nourriture sont bien souvent exposé·es à des risques : exploitation, salaires trop bas ou encore travail des enfants. Face à ces risques, les supermarchés ont le pouvoir et la responsabilité de respecter les droits humains dans l'ensemble des chaînes d'approvisionnement, c’est-à-dire toutes les étapes de la création d’un produit à sa vente. C’est ce qu’on appelle le devoir de vigilance pour les entreprises.
Le rapport « Superlist Social » compare les mesures prises par les cinq plus grands supermarchés belges et les six plus grands supermarchés néerlandais pour lutter contre les abus dans leurs chaînes d'approvisionnement. Superlist Social est une initiative du think tank Questionmark, en collaboration avec Rikolto et avec le soutien de Fairtrade Belgium et d'Oxfam Belgique.
Résultat : aucun supermarché n’est à la hauteur. Lidl arrive en tête, Carrefour en dernière position
L’étude se base sur 4 critères d’étude pour déterminer si les supermarchés respectent les droits humains dans leurs chaînes d’approvisionnement :
- rémunération des travailleur·euses
- rémunération des agriculteur·rices
- respect des droits des femmes
- transparence dans les chaînes à haut risque
Lidl devance largement les autres supermarchés belges. En effet, l’enseigne recense en détail ses chaînes à haut risque, telles que les noix de cajou de Côte d’Ivoire et les oranges du Brésil, et gère ces risques à l’aide de plans d’action. Colruyt a rattrapé son retard dans le classement, notamment grâce à des projets mis en place dans ses chaînes d'approvisionnement pour améliorer les conditions de vie des agriculteur·rices.
Pourtant, tous les supermarchés doivent assumer davantage leurs responsabilités en matière de droits humains de leurs agriculteur·rices et travailleur·euses. Charlotte Linnebank, directrice de Questionmark : « Les supermarchés ont une part de responsabilité dans la garantie des droits humains, notamment une rémunération juste des agriculteurs et des travailleurs, pour tous les produits qui se trouvent dans leurs rayons. Tant que cela ne sera pas le cas, ils continuent d’entretenir des pratiques commerciales injustes. Non pas intentionnellement, mais en toute connaissance de cause. »
Partout dans le monde, les agriculteur·rices et les ouvrier·ères agricoles sont souvent sous-payé·es, en partie à cause de cela, sont confronté·es à la pauvreté, au travail des enfants et au travail forcé. Les supermarchés sont parfaitement conscients des risques élevés d'abus, tels que le travail des enfants et l'extrême pauvreté, qui pèsent sur leurs chaînes d'approvisionnements.
Aucun supermarché ne porte suffisamment attention aux droits des femmes
Les supermarchés continuent également de ne pas accorder suffisamment d'attention aux droits des femmes dans leurs chaînes d’approvisionnement. Aucun supermarché ne s'attaque activement à l'écart salarial dans ses chaînes d'approvisionnement, alors qu'ils reconnaissent tous que les femmes gagnent en moyenne nettement moins que les hommes. Seul Lidl dispose de plans d'action visant à prévenir la violence à l'égard des femmes et à réduire l'écart salarial.
Des initiatives prometteuses dans la chaÎne du cacao et des bananes
Depuis cette édition, Colruyt rend compte des risques de violations des droits humains dans ses chaînes, comme celle du riz en provenance du Pakistan. Les supermarchés belges se sont engagés collectivement à garantir un revenu vital aux producteur·rices de cacao et aux travailleur·rices des plantations de bananes. Cette approche commune semble commencer à porter ses fruits très prudemment sur les produits à base de cacao. Lidl et Colruyt vendent désormais différentes tablettes de chocolat garantissant un revenu vital aux petit·es agriculteur·rices. En février dernier, Lidl s’est engagé à ne proposer cette année que des tablettes de chocolat pour lesquelles les petit·es agriculteur·rices sont rémunéré·es de manière juste.
Les supermarchés doivent mettre en place et appliquer une approche structurelle pour lutter contre les violations des droits humains qui ne se limite pas à des projets spécifiques dans quelques chaînes d'approvisionnement seulement.
L'alternative du commerce équitable
Il existe des alternatives face au système économique actuel qui trop souvent ne respecte pas les droits humains. Le commerce équitable veut rééquilibrer les enjeux de pouvoir sur le marché international et garantir un revenu décent pour les agriculteur·rices ainsi que le respect de leur santé, leurs droits et de l’environnement.